Boulaïd Doudou, l’absent toujours présent ...

Veröffentlicht am 23.01.2006

En Commémoration du 2ème anniversaire de sa disparition

Article de Rabah Boukriche apparu dans le journal  El-Khabar (en arabe) - (PDF Doc)

 Traduction de l'arabe:

 

Voilà que deux années sont passées depuis la disparition du traducteur, écrivain et créateur, Docteur
Boulaïd Doudou…


DOUDOU a disparu, mais il n’est pas mort du moins pas pour sa famille ni pour tous ceux qui
s’intéressent au savoir et à la culture, et cet absent restera présent dans la mémoire de tous ceux qui
l’on connu et ce grâce à ce qu’il a présenté à l’Algérie et au monde.

En effet, il a traduit un grand nombre d’oeuvres de l’allemand vers l’arabe et il a aussi écrit des poèmes
et des nouvelles qui n’ont pas été publiées à ce jour. C’était un homme de principe, un homme de
science. Il avait – que Dieu ait son âme – une maîtrise étonnante de la langue et de la littérature
allemande, les étudiants et enseignants de la Faculté Centrale peuvent en témoigner.

Sans oublier sa gentillesse envers les étudiants et de cela aussi, tous ceux qui avaient un lien avec lui,
peuvent en témoigner.


Il ne demandait pas grand-chose à la vie, tous ce qui lui importait c’était le plaisir qu’il avait à écrire et
traduire. Cela me fait penser au début de l’an 2001, un jour ou nous nous étions retrouvés à la maison
d’édition Houma. Nous découvrons un nouveau livre traduit par le défunt, le « Tao Te Ching » de Lao –
Tse. Je lui ai alors demandé quelle était l’utilité de cette oeuvre en Algérie puisque nous nous
intéressions très peu à la culture chinoise, il a sourit comme à son habitude et m’a dit :


- Savez-vous, monsieur, ce que le livre de Samual Huntington « Le choc des Civilisations » dit sur
les chinois ?


Je lui ai dit que mes connaissances à ce sujet étaient limitées. Il a alors répondu :


- L’occident a peur de l’éventuelle rencontre entre les philosophies chinoise et musulmane malgré
leurs différences, la première étant objective et la deuxième abstraite. C’est pour cette raison
que nous devons connaître notre futur partenaire.


J’ai demandé : « Et comment cela? »


- Il faut commencer par présenter à l’Algérie l’un des principes de la philosophie chinoise et qui est décrit
dans ce livre. Et le défunt me dit à propos des vertus de ce livre : « J’ai voulu à travers la traduction de
ce livre atteindre un double but, le premier étant de faire connaître la Sagesse éternelle de l’orient
d’antan et le deuxième but est qu’un tel livre ne reste pas dans l’ombre, même s’il a déjà été traduit par
le passé. Car un livre édité antérieurement est condamné à l’oubli dans notre monde arabe, méconnu du
lecteur arabe contemporain dont l’inspiration par la sagesse orientale et par la pensée mystique de
l’orient ancien est limitée d’une manière générale. Peut-être que l’orientation de certains de nos poètes
vers le mysticisme occidental est une preuve de cette ignorance même s’ils le font à travers une
traduction occidentale. Ce livre est une des plus belles oeuvres qu’ait connu l’histoire de la pensée
humaine ».


Finalement, nous nous sommes mis d’accord pour publier et éditer le livre à la condition qu’il procède lui
même à la correction pour éviter les erreurs linguistiques et afin que le traduction soit une création et
non une reproduction…et lorsqu’il a terminé la correction, il m’a contacté et m’a dit : « La correction a
été faite avec beaucoup de difficultés et je vous invite chez moi afin que vous vous en rendiez compte
par vous-même. »

Je suis entré dans son humble demeure constituée de trois pièces et après l’avoir salué j’ai pénétré son
espace privé où j’ai été frappé par la condition simple et modeste du lieu. La chambre était aménagée en
bureau et en bibliothèque et dans un petit coin étroit s’entreposaient les livres et les traductions.
Comment un professeur, grand auteur en langue et littérature, pouvait-il vivre dans une telle modestie à
une époque ou des gens ordinaires vivent dans le luxe et l’orgueil ? Il m’a alors dit : « Asseyez-vous sur
ce lit et excusez ce modeste accueil, je terminerais la correction dans dix minutes. » J’ai remarqué qu’il
tapait le clavier de son ordinateur environ toutes les deux minutes, alors je lui ai demandé : « Qu’est ce
que c’est que ça, Docteur. ?» Il répondit : « C’est la difficulté dont je vous ai parlé. » puis il ajouta :
« Savez-vous que cette admirable machine est de la première génération d’ordinateurs ? ».
J’ai également remarqué que les étagères de sa bibliothèque menaçaient de s’écrouler sous le nombre
de livres qui s’y empilaient et en raison de sa vétusté … il remarqua ma consternation quant à sa
situation, il me dit : « Savez-vous pourquoi les états occidentaux sont arrivés à un tel stade de
développement ? C’est simplement parce qu’il s’agit d’un peuple qui donne sa juste valeur aux choses et
qui ne néglige pas la valeur d’une graine et ce grâce à leurs savants et Hommes de lettres. »

Lorsque le livre a été édité, j’ai pris un certain nombre d’exemplaires ainsi que le contrat et me suis
rendu à son domicile ; je l’ai trouvé de bonne humeur, son visage illuminé de bonheur. Je lui ai alors
demandé : « Vous m’avez l’air bien content, Docteur. Qu’y a-t-il donc de si réjouissant ? » Il
répondit : « Regardez, c’est un nouvel ordinateur qui m’a été offert par l’université à la demande de son
recteur, le Docteur Hadjar, je lui rend hommage et le remercie pour cette initiative qui, je l’espère, sera
élargie aux chercheurs et savants algériens. Il faudrait que nous ayons plus de considérations pour les
gens talentueux afin que l’on contribue à la formation d’un esprit moderne. »

Et vous étiez effectivement un créateur brillant qui a contribué à l’enrichissement de la littérature
algérienne et sa transmission aux autres. Que Dieu ait votre âme et qu’il anoblisse votre richesse.

Et pour vous, cher lecteur, voici la quintessence de ce livre traduit par Doudou :

« C’est avec justice qu’une Homme gouverne un pays, il doit s’abstenir d’utiliser la force militaire. Pour
qu’un Homme conquiert un pays, il ne faut pas qu’il s’immisce dans les affaires des autres lorsqu ce n’est
pas nécessaire. Comment puis-je savoir que tel est le cas ? A travers ce qui suit :
A chaque fois qu’un état à dressé des barrières au peuple, il c’est encore plus appauvrit.
A chaque fois qu’un peuple a pris les armes, l’espoir de l’Etat en l’avenir s’est affaiblit, à chaque fois qu’il
a usé de ruse et de malice, il s’est produit des évènements exceptionnels, à chaque fois que les lois et
les ordres ont été violés, les vols et la délinquance ont augmenté.


Le Sage dit : Je ne me mêle pas des affaires politiques et culturelles, et le peuple atteindra le progrès
par lui-même. Celui qui garde son calme, permet à son peuple de corriger ses erreurs par lui-même. Si
moi je ne me mêle pas des affaires économiques, le peuple atteindra par lui même la prospérité et si
moi je n’ai pas d’attentes et si je ne demande rien, alors le peuple aussi appréciera la simplicité de la vie.

 

Rabah Boukriche
Le Directeur d’édition à la Maison d’Edition Houma